
Permettez-moi de m'adresser à l'homme qui se cache derrière l'artiste, car chez vous l'art laisse apparaître la personne dont il se nourrit. Je suis certain que les paroles de vos chansons ne sont pas toujours un reflet direct de votre vécu mais je devine qu'elles sont fortement inspirées par les contradictions de l'être humain que vous connaissez si bien, par tout ce que vous y détectez en le scrutant avec de l'ironie, du sarcasme et de la tendresse aussi.
Être humain et regarder l'humanité en face, ça fait du mal. Même si vous savez envelopper nos misères dans une musique jouissive, drôle, qui nous fait danser sur nos propres peurs. Vous le disiez déjà dans votre premier tube, "Alors on danse", et vous n'avez fait que perfectionner votre art album après album, jusqu'à aboutir à un chef-d’œuvre comme Multitude. Désespoir, mépris, ennui, pessimisme ou optimisme béat, voilà quelques sujets qui interpellent votre public, une communauté dont je me sens membre depuis que je vous ai vu, en mai 2014, sur la scène du Primavera Sound pour le mémorable mini-concert que vous avez offert aux Barcelonais.

J'ignore s'il vous a fallu arrêter pour prendre de l'élan ou s'il vous a fallu arrêter tout court. Pour un artiste au sommet de sa carrière comme vous l'êtes, mettre fin à une tournée de succès mondial est une décision honnête, voire courageuse, car il faut avoir beaucoup de courage pour accepter ses propres limites. Je tenais seulement à vous dire, dans cette lettre imaginaire et avec mon français d'amateur: prenez bien soin de vous. Cela doit être épuisant d'être Stromae, sans doute ce génie prend beaucoup d'espace dans votre vie d'homme. Tâchez de le faire revenir, quand vous le pourrez et seulement si vous le pouvez, mais ne le laissez pas vous nuire. C'est un artiste énorme, mais il n'y a pas de Stromae sans Paul, il faut donc le préserver.
Mai 2023.