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Entrades

S'estan mostrant les entrades amb l'etiqueta français

Trois ans déjà. Lettre impossible à Jean-Louis Trintignant

Cher Monsieur Trintignant, Il y a tout juste trois ans que vous nous avez quittés, et pourtant, votre présence – ou plutôt votre absence – continue de se faire sentir. Votre départ à 91 ans, bien qu'attendu, n'en fut pas moins douloureux pour ceux qui, comme moi, aimons le cinéma et le théâtre, deux domaines dans lesquels vous avez excellé pendant plus de soixante ans. J'ai longtemps envisagé de vous écrire une lettre improbable, posthume, mais je me suis senti prétentieux et ridicule et j'ai fini par désister. Trois ans après, je tiens encore à "vous parler", car comme d'autres parlent à leurs dieux, je peux sans honte m'adresser à mes idoles, à ceux qui, comme vous, avez rendu mon existence culturelle infiniment plus intéressante. Acceptez donc cette lettre tardive comme une modeste façon de revisiter l'itinéraire irrégulier et désordonné de ma propre admiration. Je vous ai découvert, comme tant d'autres sans doute, dans Un homme et une femme...

Cher Paul

Cher Paul, je viens de lire sur votre compte Facebook que vous avez pris la décision drastique de mettre un terme à la suite de la tournée européenne de Multitude pour des raisons de santé, une nouvelle qui m'a déçu et consterné. Déçu car  j'avais hâte de vous voir vous produire sur scène à Toulouse ou Montpellier l’automne prochain et cela ne sera plus possible. Consterné parce que j’ai réalisé, une fois de plus, la fragilité de nous tous. Permettez-moi de m'adresser à l'homme qui se cache derrière l'artiste, car chez vous l'art laisse apparaître la personne dont il se nourrit. Je suis certain que les paroles de vos chansons ne sont pas toujours un reflet direct de votre vécu mais je devine qu'elles sont fortement inspirées par les contradictions de l'être humain que vous connaissez si bien, par tout ce que vous y détectez en le scrutant avec de l'ironie, du sarcasme et de la tendresse aussi.  Être humain et regarder l'humanité en face, ça fai...

DEVINETTE

Son père était catalan, sa mère suisse de langue italienne et il est né à Barcelone mais a vécu toute sa vie en France.  Il n’a pas continué le métier de son père, qui était artiste peintre, ni celui de son oncle, qui était architecte. Il a fait des études d’Histoire à la Sorbonne et là, il y est entré   en contact avec la politique. Il a adhéré très jeune au parti socialiste où il a fait presque toute sa carrière.  Il a été un homme politique qui a occupé des postes de grande responsabilité, comme celui de maire d’Evry, ministre de l’Intérieur et Premier ministre. Comme le parti socialiste a toujours été trop à gauche pour lui, il s’est rapproché sans succès du candidat de centre droite qui maintenant gouverne la France.  Son dernier projet politique est très rocambolesque : il est revenu à sa ville de naissance, qui ne connaît pas vraiment, pour se présenter en tête de liste d’un parti de droite anti-catalaniste aux élections municipales.  Qui est-il ? Décembr...

ESSAI: Le français du Québec

Introduction et consolidation d’une langue.  Comme toutes les langues européennes parlées en outremer, le français doit sa présence au Nouveau Monde à la politique colonialiste entamée par la France depuis le XVIe siècle. Ainsi, suivant l’exemple d’autres puissances du Vieux Continent, le roi François I a envoyé le Breton Jacques Cartier à la découverte de nouveaux territoires pour bâtir un empire colonial français en Amérique du Nord. C’était l’année 1534, mais il faudrait attendre 1608 pour qu’un autre explorateur, Samuel de Champlain, fonde la ville de Québec et les premiers colons s’y établissent. Les nouveaux territoires ont été dénommés par le roi Henri IV « Nouvelle France » et ont intégré, au sommet de son expansion, cinq vastes territoires : le Canada, l’Acadie, la baie d’Hudson, Terre-Neuve et la Louisiane. La cruauté du climat et le péril indien n’attiraient pas les français à y émigrer, et pendant le premier siècle de présence coloniale les habitants n’ont pas dépassé l...

DU CÔTÉ DE LÉVIS

Penché sur la balustrade de la Terrasse de Lévis, les yeux fixés sur le blanc-bleu du traversier qui venait de sortir de cette banlieue charmante et qui naviguait vers le centre historique bondé de Québec, le jeune homme se dit qu'il n'avait pas envie, ce soir-là, d'aller dîner avec ses camarades du cours d'anglais. Ce serait comme tous les autres dîners de fin d'année auxquels il était allé auparavant, pensa-t-il. Mais tandis qu'il s'habillait machinalement, l'image précise de l'une de ses camarades lui vint à l'esprit, assure-t-il. Le jeune homme eut la sensation que ce serait agréable de la revoir une dernière fois. Ce n'est pas parce qu'ils avaient établi une amitié particulière — ils n'échangèrent que quelques mots pendant toute l'année — ni qu'il ait constaté un quelconque intérêt de la part de la jeune fille. Non. Il soutient que c'était simplement l'idée de la revoir qui lui plaisait. Le jeune homme n'y pen...

L’ennemi audiovisuel

Quelqu'un avait dit qu'il faudrait interdire la lecture pour la favoriser en créant le goût de l’interdiction. Il s’agit probablement d’une exagération mais cette idée bizarre cache quelque chose de vrai qui nous conduit à nous demander s’il serait utile d’interdire les formes de communication audiovisuelles –voire la télévision et le cinéma – pour favoriser le livre. La réponse est, à mon avis, catégorique : on a beau discréditer le monde audiovisuel, son attrait est incontestable. Mais je me demande : à quoi bon aborder ce débat en termes d’opposition ? L’audiovisuel n’est pas et surtout ne doit pas être l’ennemi de l’écriture, tout au contraire, il doit s’affirmer comme un complément de la capacité de communication de l’être humain. L’humanité a toujours ressenti le besoin de s’exprimer, et le mot écrit a été la première forme de fixer et diffuser la pensée. Le livre est donc le premier moyen "technique" de communication. Mais, ne tombons pas dans l’erreur, car ...

SAUVÉ

Île inconnue, le 25 novembre 1999. A l’attention de n’importe qui, Si je ne me trompe pas, on vient de faire naufrage. Voilà une expérience que je n’avais pas encore vécue. J’ai fait le tour du monde en prenant des photos dans tous les conflits armés des 25 dernières années mais je vous jure que je ne m'étais jamais mouillé les pieds! À dire vrai, je me suis réveillé dans l’eau - j’ai trop bu pendant le vin d’honneur offert par le capitaine - qui heureusement n’était pas froide: c’est l’avantage de faire une croisière dans la Mer du Sud. Comme je suis un bon nageur, regagner la côte ne m’a pas représenté un grand effort. Mais à qui appartient cette côte ? Il faudra bien le découvrir... mais sans se presser, car j’ai tout le temps du monde, mon voyage, à présent, n’a pas un jour de retour fixé à l’avance. L’île n’a pas l’air d’être habitée. Si elle l’était, j’aurais déjà aperçu quelque touriste japonais sous les cocotiers et, par contre, les seuls touristes que je vois sont ceux qui...

Regard de magnétoscope

Je viens de voir L'homme qui aimait les femmes , de François Truffaut. Ou peut-être devrais-je plutôt dire "regarder", car je l'ai vu chez moi, en support vidéo. À l'heure actuelle, je ne vais rien vous apprendre si je constate qu'il y a de nombreuses différences sur les plans artistiques et techniques entre la vision d'un film sur l'écran d'une télé et sur l'écran d'une salle de cinéma. Mais, en tout cas, je voudrais attirer l'attention sur les attitudes des spectateurs qui ont énormément changé dès l'apparition de la télévision et, en particulier, du magnétoscope. On ne voit pas les films de la même façon qu'avant, on y applique un "regard de magnétoscope", dispersé, insignifiant et, surtout, domestique. Pour tous ceux qui font partie du cercle d'oiseaux rares connu sous le nom de cinéphiles, le magnétoscope est un pis-aller. Qu'est-ce qu'on peut faire pour revoir les films qui ont compté dans notre vie? ...

DÉCISION

Aujourd'hui est un grand jour dont les encyclopédies parleront: c'est le jour de mon début comme écrivain. Comme réponse à tous ceux qui me considèrent comme un indécis, j'ai décidé de mettre par écrit mes pensées les plus intimes, ma conception du monde, mes inquiétudes, mes amours, et tout ce qui va me procurer une place dans l'histoire de la littérature. Ne pensez pas qu'il s'agit d'une décision précipitée; tout au contraire, c'est une idée que j'ai abritée depuis longtemps mais que j'ai voulu, consciemment, garder jusqu'au moment où  j'aurai un bagage culturel, moral et  humain assez intéressant à offrir au monde. Et ce jour est arrivé, je suis prêt à être jugé par l'humanité.  Mais ne croyez pas que c'est si simple d'écrire. Avant de produire mon "opera prima" je dois considérer quelques aspects.  D'abord, il faut que je choisisse la langue. Ouf, maudit bilinguisme! Si j'écris dans la langue B on va me c...

Hong Kong 1993

L'avion descend littéralement entre les bâtiments de Hong Kong. On dirait qu'il va se poser en plein milieu de la rue, qu'il va "se garer" entre les affreux gratte-ciels pâles et maigres qui montrent aux passagers leur intérieur, leurs postes de télévision allumés, leurs locataires coincés comme dans des ruches. J'ai lu quelque part que c'était un aéroport difficile, que faute d'espace, il a été construit sur la baie que, pour l'instant, je n'ai pas encore vue. Après avoir accompli les formalités nécessaires, la rue m'attend. Dès que je sors de l'aéroport, moderne, impeccable, je me sens vraiment dans l'une des dernières colonies, dans un morceau d'occident en Chine. Quand les touristes se sont évaporés et qu'il n'y avait que des Chinois autour de moi, je me suis senti, pour la première fois, différent, presque un intrus. Je réussis à me faire comprendre par le chauffeur d'un taxi pour qu'il m'emmène à l...